61h de train

61h de train, 2 minibus (1h+2h), pour ralier Aktau a Bishkek.

résumé des épisodes précédents: Je suis a Aktau, complètement a l’ouest du Kazakhstan, avec mon vélo cassé. Il roule mais je dois le pousser. Je dois rejoindre Bishkek, capitale Kirguize, pour rejoindre les pièces de vélo commandées aux Pays Bas et livrées par DHL dans une guesthouse.

J’ai pu prendre mon billet 3 jours plus tôt a une agence de voyage en centre ville. Lors du choix de la classe, la madame de l’agence m’a d’abord propose le tarif en classe luxe, que j’ai décliné, indiquant que je preferais une classe en dessous. Le prix fut plus que divisé par 2. Du coup je n’ai aucune idée de ce qui m’attend, si je vais avoir une couchette ou juste un fauteuil pourri dans un wagon a bestiaux. 7000Тенге, un peu moins de 35euros pour faire près de 4000km.

Première étape, rejoindre la gare de la ville, située a une vingtaine de kilomètres du centre ville. Il n’y a pas de taxi officiels, mais tout le monde est un peu taxi dans le coin, ai-je lu sur le net. Il me reste a vérifier cette affirmation. Le train est a 20h30, je quitte mon hostel pourri de ces derniers jours en fin de matinée, toutes les sacoches sur le vélo, pour avoir le temps de faire la route a pied si le taxi/stop ne fonctionne pas. J’ecris le nom de la gare sur une feuille de papier (Mangulshak –  Мангнлшак), et me poste a un gros carrefour pres de la sortie de la ville. 5 minutes plus tard une voiture avec une famille s’arrete et me fais signe affirmativement qu’ils peuvent m’emmener a la gare. Mais euh … c’est une voiture classique, le coffre est deja occupé par 2 tabourets, vous êtes deja 3, vous êtes surs que ça va rentrer ? Le pere vire les tabourets et me fait signe de l’aider a porter mon vélo. On met tout simplement le cul du vélo avec toutes les sacoches dans le coffre, et l’avant dépasse salement. Ca fume, ça pétarade, mais ca démarre !

Arrive à la gare je demande combien je leur dois (bah oui, si tout le monde est un peu taxi, la moindre des choses est de participer aux frais d’essence). Leur prix est simplement d’une photo avec moi !

Bon bah du coup j’ai 7h d’avance pour prendre mon train …

2h avant l’heure du départ le train arrive en gare, et chacun vient poireauter devant son wagon. Pour ma part il faut que je trouve le bon interlocuteur pour faire monter mon velo a bord d’une façon ou d’une autre. Sur ce point les témoignages convergent tous sur le fait qu’un petit bakchich suffit a faire changer les avis.

 

Le contrôleur demande une somme énorme pour mettre le vélo dans le wagon a bagages (plusieurs fois le prix de mon billet de train). Il justifie la chose par le fait que son chef devra corrompre un officiel pour avoir un mystérieux tampon. Les autres passagers disent qu’il me demande trop, qu’il faut choyer un touriste pour ne pas donner une mauvaise image du pays, les voyageurs qui attendent devant mon wagon s’en mêlent. Le policier de la gare s’approche, me demande de démonter mon vélo et le met d’autorité  dans le wagon passagers, disant de ne pas payer. Cool ! Pendant le trajet un autre contrôleur tentera une approche différente, disant que j’ai trop de bagages, avec le vélo dans le wagon et toutes mes sacoches. Les voyageurs autour me font signe de mettre mes sacoches avec leurs bagages pour que mon volume de bagage soit raisonnable, déboutant la demande du contrôleur. Du coup au final je n’ai rien payé pour transporter le vélo.

Revenons au trajet. Finalement pas de wagon a bestiaux, mais un wagon couchettes sans compartiments, avec des couchettes qui se transforment en banquettes pendant la journée. Au début du trajet je suis un peu une bête curieuse, tout le monde m’a regardé démonter mon drôle de vélo et a compris que je ne parlais pas russe ni kazakh. Les gens me regardent et me devisagent. Puis peu a peu, d’abord mes voisins s’enquierent de ma situation, d’où je viens, comment je m’appelle, etc. Et a la fin du trajet tout le wagon connaît mon prénom (avec des prononciations très variables), d’où je viens et ou je vais, etc ..

La tradition veut que chacun partage ses vivres avec les voisins, pour ma part j’avais prévu des vivres pour quasiment tout le trajet, mais n’ai pas vraiment réussi a ce que mes voisins s’en serve. Au contraire on ne cesse de me proposer, un thé, de partager le repas,  un bout de melon, etc .. Je ressortirai du train avec encore 2 jours de vivres.

En bout de wagon une bouilloire est disponible, constamment remplie d’eau chaude, ce qui est très pratique pour le thé, mais aussi pour les nouilles chinoises et tous les plats instantanés vendus sur les quais par des mamas dans les gares ou nous nous arrêterons.

La bouilloire collective

 

Environ 2 fois par jour le train s’arrête une vingtaine de minutes pour changer de locomotives. Tout le monde en profite pour sortir s’aérer, et les quais sont remplis d’échoppes vendant de la nourriture de voyage (pour picnic ou plats instantanés, boissons fraîches, glaces, …) et de femmes vendant des fruits, du pain, ou des plats cuisinés chauds tous prêts dans des sacs plastiques. Je ne me suis pas risqué à tester les derniers, dont la fraîcheur peut être questionnable.

3 nuits et 2 jours. Depart a 20h25, arrivée a 10h32. Moins une heure de décalage horaire, le Kazakhstan étant sur 2 fuseaux horaires. 61h de train …

Faire la meilleure nuit possible dans ces conditions. Puis enchaîner avec une sieste. Dejeuner, lire un peu, puis regarder les mouches voler. Quelques vendeurs ambulants passent parfois, étant monté à une gare et descendant a la suivante. Selon les vendeurs : vetements, bijoux, téléphones, jouets pour enfants, nourriture (miam, les poissons séchés a 8h le second matin, ca donne vraiment envie d’en acheter pour le petit dejeuner … ou pas). Discuter avec les voisins, enfin, plutôt répondre a leurs questions. Re bouquiner, jusqu’à ce que mon kindle plante sans que je puisse le rallumer. Maintenant c’est bon j’ai pu regarder sur internet depuis Bishkek comment le dépanner, mais c’est forcement au plus mauvais moment que ca arrive. Re sieste. Bon bah puisque je ne peux pas bouquiner, écrire. méditer.  Manger.  Regarder le paysage. Passer le temps.

Les enfants sont étonnamment calmes. Bien sur parfois ça grimpe dans les couchettes, ou ça s’excite un peu. Mais au vu de la durée du trajet, je leur tire mon casque de vélo pour leur patience. Pas de cris, pleurs, ou autres comme dans certains trains français, ou j’ai maudit certaines familles de mon wagon. A la fin du 2eme jour les enfants m’ont apprivoisé. Le meilleur anglophone du wagon pour la première partie du trajet est un petit garçon de 8 ans, il est ensuite supplanté par un trentenaire monté dans le train au milieu. Du coup ce petit garçon aide la discussion entre les autres enfants et moi. On fera des tours de magie avec les cartes a jouer, et même un atelier pliage/origami le dernier matin, quand après que l’un d’entre eux m’ait montré son avion en papier, je lui ai fait un bateau.

Les toilettes sont comme les toilettes des trains en France. Propres au départ, plus vraiment a l’arrivée. Mieux vaut avoir prévu son PQ. Le petit lavabo permet de se rafraîchir, se laver les dents, etc ..

Pas de clim dans le wagon, mais une partie des fenêtres s’ouvre, ce qui fait un courant d’air salvateur et rafraîchissant. En milieu de journée tous les rideaux sont fermés pour se protéger de la chaleur. Il fait bien chaud, mais ce n’est pas non plus la boite de conserve en plein soleil.

Au final de belles rencontres, certes éphémères, mais quand même mémorables. Ca fait bizarre de se retrouver sur le quai de la gare avec mon vélo en pièces détachées et mes sacoches. Les gens restants dans mon wagon m’ont tous dit au revoir soit quand il descendais s’ils descendais avant moi, soit par la fenêtre lorsque le train est reparti.

Le train m’a amené a Lugavoy Луговой, a une centaine de kilomètres de la frontière kirghize, et continue vers Almaty, plus a l’Est au Kazakhstan. Je prends ensuite un minibus/taxi collectif jusqu’à la frontière, passe la frontière a pied en poussant mon velo chargé, puis un autre minibus jusqu’à la gare routière de Bishkek. De la, 5km a pied en poussant mon vélo jusqu’à la guest house ou mes pièces de vélo ont ete envoyées. Je suis bien content d’arriver en cette fin d’apres midi ! Parti mardi matin du centre ville d’Aktau, arrivé le vendredi après midi a Bishkek.

2 réflexions au sujet de « 61h de train »

  1. Finalement, c’est une aventure au coeur de l’aventure ce périple en train. Les rencontres, c’est le principal !

    Welcome back on your blog en tout cas !

  2. Un bon gros post pour un bon bout de chemin. Les régions traversées ont l’air désolées (et très plates) : mauvais moment pour la panne de Kindle en effet. L’accueil et le contact chaleureux des autochtones fait plaisir à lire. Je me demande à quel point être étranger y change quelquechose. Le coup du calme des gamins est remarquable cependant, une autre idée de la civilité.

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